Ruiz Martin, David – Seule la haine

Editions Nouvelle Bibliothèque – 10 février 2020

4ème de couverture

Elliot est intelligent. Elliot est sensible. Elliot a quinze ans aujourd’hui. Elliot a tout pour être heureux. Mais Elliot a vécu un drame. Elliot est dévasté. Elliot cherche des réponses… … alors Elliot s’est pointé avec un flingue chargé. Persuadé que Larry Barney, psychanalyste spécialisé dans les troubles de l’adolescence, est responsable du suicide de son frère, Elliot, quinze ans, se présente armé dans son cabinet. Séquestré, Larry n’a d’autre choix que de laisser le jeune homme lui relater les derniers mois. Mais très vite, c’est l’escalade de l’horreur : Larry est jeté dans un monde qui le dépasse, aux frontières de l’abject et de l’inhumanité. Au fil du récit, tandis que les détails se succèdent, une seule idée l’obsède : celle de s’en sortir, à tout prix…

Mon avis

Un huis-clos haletant dans lequel le lecteur ne lit pas, mais vit réellement une manipulation machiavélique, à la construction parfaite.  Jusqu’où peut-on aller lorsque l’on est submergé par la douleur, le deuil, la peur, l’abandon, le délire, la violence ?  C’est ce que vous découvrirez à la lecture de cet ouvrage qui se lit d’une traite, tant le lecteur est également pris en otage.

Désireux de comprendre pourquoi un gamin de 15 ans le tient en otage en le menaçant de son arme, Larry, en psychanalyste expérimenté, pense rapidement et naïvement avoir trouvé la réponse :

Sans doute, n’a-t-il jamais eu personne à qui se confier. Le suicide de Simon a dû plonger ses parents dans une détresse terrible, à tel point qu’ils en ont oublié la présence de leur second enfant. Il arrive quelquefois que la détresse soit si grande pour les adultes qu’ils en oublient celle des enfants qui gravitent autour d’eux, suppliant des explications qui parfois ne viennent pas. L’effet est souvent désastreux. Les mensonges détruisent l’être, mais l’ignorance torture l’esprit. Elle est plus vile, car invisible, elle s’implante dans la tête, provoque des idées noires et à terme, la pousse dans les méandres de la folie. C’est simple, ce gosse a juste besoin de parler et de se sentir écouté. Pour tenter d’évacuer la rage qui le ronge.

Mais Elliot n’est pas uniquement un ado en détresse.  C’est surtout un surdoué à l’esprit calculateur qui, pièce après pièce, referme un piège parfaitement orchestré. Elliot impose son rythme et distille les informations à sa guise, enfermant ainsi Larry et le lecteur dans une tourmente émotionnelle, ne pouvant que subir une tension croissante, une escalade dans l’horreur.

Je redoutais que la nuit soit longue, à présent je crains qu’elle soit interminable. Guidé à l’aveugle par Elliot, ce gosse détruit, je découvre un quotidien que j’ignorais. L’univers de Brad et de Sam. Leur chute libre. Ces ados égarés et hors de contrôle, leur monde gorgé de délires, de délinquance et de bassesses, bâti sur des fondations hasardeuses, où la somme de mauvaises rencontres et de choix faciles les a menés au désastre. Des gosses esseulés, sans repère, en totale perdition. Une jeunesse lancée à pleine vitesse et filant droit dans le mur. 

Je ne connaissais pas David Ruiz Martin mais je suis on ne peut plus ravie d’avoir découvert son univers. Je n’en resterai pas là et me plongerai volontiers dans « Que les murs nous gardent » ne doutant pas que de belles et longues heures de lecture s’offriront encore à moi ! 

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