Vaughan, Sarah – Autopsie d’un drame

Préludes – 10 mars 2021

4ème de couverture

Liz est obligée, par sa hiérarchie et par conscience professionnelle, d’avertir les services sociaux quand une de ses amies, Jess, se présente aux urgences pédiatriques avec sa dernière née. L’image lisse du couple et de Jess s’effondre. entre question de police, on-dits du voisinage, tout le monde remet en question la mère. Mais est-ce aussi simple ?

Mon avis

Jess est mère de 3 enfants. Sa petite dernière, âgée de 10 mois, n’est pas un bébé facile. Elle demande énormément d’attention et pleure très souvent de longues heures durant. Ed, le mari de Jess, a un boulot exigeant et n’est pas très souvent présent. Jess est à bout, totalement dépassée dans son rôle de mère qui l’a menée à l’épuisement.

En toute honnêteté, quelle mère de famille n’a jamais ressenti le besoin de s’éloigner quelques instants de son bébé, pour reprendre ses esprits, se calmer, s’aérer, afin d’être capable de supporter à nouveau les pleurs incessants ?

L’auteur décrit de façon assez réaliste la dépression postnatale et a réussi à rendre vraies les émotions et attitudes des femmes en souffrant. Les personnalités ne sont pas extraordinairement fouillées mais l’on ressent malgré tout énormément d’empathie pour ces femmes qui, sous prétexte d’être mères, sont censées être parfaites.

A ceux qui hésiteraient à lire ce livre, effrayés par un résumé parlant de maltraitance d’enfants, j’ai envie de dire : passez outre vos craintes car ce livre est pudique, l’auteur s’abstient de détails violents ou impossibles à lire. Ce livre est avant tout un drame moderne, une histoire dans laquelle pourront se reconnaître de nombreuses femmes à qui la société actuelle en demande beaucoup trop.

Je remercie NetGalleyFrance ainsi que les Editions Préludes de m’avoir offert la possibilité de découvrir en avant-première cet ouvrage captivant.

Ware, Ruth – Les cinq règles du mensonge

Fleuve Editions – 4 mars 2021

4ème de couverture

RÈGLE NUMÉRO UN

Dis un mensonge

RÈGLE NUMÉRO DEUX

Ne change pas ta version

RÈGLE NUMÉRO TROIS

Ne te fais pas prendre

RÈGLE NUMÉRO QUATRE

Ne pas se mentir les unes aux autres

RÈGLE NUMÉRO CINQ

Savoir quand cesser de mentir

Quand quelqu’un meurt, ce n’est plus un jeu…

Mon avis

Isa, Kate, Thea et Fatima sont adolescentes lorsqu’elles se lient d’amitié au cours de leurs années d’internat.  Ce qui n’était d’abord qu’un jeu entre elles, devient rapidement un mode de vie : inventer les mensonges les plus farfelus et s’y tenir, envers et contre tous, peu importent les répercussions potentiellement destructrices des rumeurs qu’elles s’amusent à lancer.  La seule règle d’or est qu’elles ne peuvent en aucun cas se mentir entre elles.

Suite à un texto étrange reçu de Kate, les 4 amies maintenant trentenaires se retrouvent dans la région dont elles ont été en quelque sorte bannies suite aux dégâts causés par leurs mensonges.

L’histoire est relatée au présent par Isa avec cependant bon nombre de flashbacks permettant petit à petit de découvrir le drame au cœur de l’intrigue.

J’ai trouvé la première moitié un peu longue mais, à la lecture de la seconde moitié, j’en ai compris les raisons, à savoir qu’il était impératif de dépeindre en détail les lieux et surtout les personnalités de divers protagonistes afin d’appréhender au mieux la seconde moitié qui, elle, est menée tambour battant.

En conclusion, Ruth Ware nous propose donc un bon thriller psychologique à l’ambiance oppressante et au suspense omniprésent.  Le lecteur sait que quelque chose de grave va se produire, mais impossible de deviner quand ni quoi exactement.

Je remercie NetGalleyFrance ainsi que Fleuve Editions pour cet agréable moment de lecture.

Smith, Ali – Hiver

Grasset – 10 février 2021

4ème de couverture

Sophia Cleves a proposé à son fils Art – avec qui elle entretient des relations plutôt distantes – de venir passer Noël dans sa grande maison en Cornouailles.
A cette occasion, il était prévu qu’il lui présente sa petite amie Charlotte. Sauf que Charlotte rompt avec Art. Ce dernier ne voulant pas se désavouer devant sa mère, il propose à une jeune femme rencontrée à un arrêt de bus de jouer le rôle de Charlotte le temps des fêtes de fin d’année.
Une fois sur place, le faux couple se rend compte que la mère d’Art ne va pas bien. Son comportement est erratique, et elle semble confuse. Art appelle sa tante Iris au secours, bien que les deux femmes ne se soient pas parlé depuis trente ans.

Un drôle de week-end commence alors : le souvenir d’autres fêtes de Noël surgit, la mémoire de l’enfance commune aussi, puis la brouille autour des choix idéologiques des deux soeurs refait surface. Car Sophia est une femme d’affaires à la retraite, alors que sa soeur Iris a consacré sa vie au militantisme politique et n’a renié aucune de ses convictions.

L’hiver, pour Ali Smith, est la saison des ruptures, des convictions qui nous séparent, avant d’être celle des retrouvailles. Son regard sur les faux-semblants de nos sociétés à l’ère de la post-vérité est impitoyable, tendre et drôle à la fois, portée par une langue d’une grande poésie.

Mon avis

J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire, ce qui explique pourquoi j’ai mis autant de temps à faire mon retour de lecture. 16 jours pour lire un livre, du jamais vu en ce qui me concerne !

J’ai aimé la façon dont Ali Smith joue avec les mots ainsi que les interactions entre les deux soeurs mais je n’ai malgré tout pas été emportée par l’histoire qui demande, à mon sens, beaucoup trop d’analyse et de réflexion. Au vu du résumé, je m’attendais à une lecture légère et divertissante et c’est peut-être là que réside le problème : je n’étais pas dans l’état d’esprit adéquat pour une telle lecture.

Je pense très sincèrement être totalement passée à côté de cette histoire et serais incapable d’en faire un compte-rendu plus détaillé.

Ceci étant, je ne suis pas en train de suggérer d’ignorer ce livre qui sortira le 10 février 2021 aux Editions Grasset car je dois admettre qu’Ali Smith écrit bien. Ce n’est tout simplement pas mon style de littérature.

Gardel, Nick – Sans queue ni tête

Friends Only – 13 mars 2020

4ème de couverture

Quand les intempéries font remonter à la surface un cadavre, c’est toujours des soucis pour la police.
S’il est décapité, ça ne facilite pas les choses. Alors, si en plus il n’est pas identifié du bon sexe, là, c’est carrément le désastre !
Deux flics, aux antipodes de l’enquêteur habituel, vont tenter de démêler cette affaire qui va se révéler plus surprenante et dangereuse qu’il n’y paraît.

Mon avis

Si vous aimez l’humour noir (mais pas que), ce roman succulent est fait pour vous ! Déjà rien que ce titre excellent… Je ne peux pas expliquer pourquoi au risque de spoiler, mais vous comprendrez rapidement en lisant les premières pages.

Des personnages fouillés, humains et attachants, deux vieux flics avec leurs propres méthodes, qui n’en ont strictement rien à faire des consignes et réprimandes de leur hiérarchie. Deux jeunes flics catapultés à leurs côtés, qui vont rapidement devoir comprendre, adopter et apprécier les manières de leurs collègues.

Deux enquêtes en parallèle, servies par des chapitres courts qui donnent un rythme d’enfer à ce bouquin.

Tout est parfaitement dosé dans cette histoire : un peu d’hémoglobine mais pas trop, une bonne dose d’humour noir sans toutefois tomber dans un excès qui pourrait lasser, des dialogues exquis mais sans en abuser.

C’est avec ce roman que je découvre l’univers de Nick Gardel et une chose est certaine : j’en redemande !

Comme le dit Jean-Luc Bizien sur le site des Editions Eaux Troubles (chez qui ce roman paraîtra le 15 mai 2021) : Lisez Nick Gardel et si, en refermant ce livre, vous n’allez pas mieux… même la médecine ne peut plus rien pour vous.

Palladino, Samuel – Tout ira mal

Rebelle Editions – 30 novembre 2020

4ème de couverture

Tim est harcelé. En quelques mois, sa vie est devenue un enfer. Durant tout ce temps, personne n’a rien vu, personne n’a rien entendu, personne n’a rien fait. Un matin, à bout de nerf, son père décide d’agir. Dans sa tête, un mot tourne en boucle. Il se heurte contre les parois osseuses. Vengeance! La classe se trouvait à côté de la porte menant à la chaufferie. Là où il y a les monstres et où l’on envoie les enfants méchants, avait un jour lâché madame Persen. Tim savait à présent que les créatures dont elle parlait ne se tapissaient pas dans les sous-sols des écoles, mais arpentaient le bitume des cours de récréation et les couloirs en toute impunité, déguisés en enseignants et en enfants…

Mon avis

Même si bien entendu je sais que le harcèlement scolaire existe, j’ai été estomaquée de lire l’ampleur qu’il peut prendre.  

En laissant la parole à Tim, Samuel Palladino nous propose, grâce à sa plume précise et percutante, une immersion dans le quotidien de l’enfant harcelé.  J’ai été bouleversée de lire ce qu’une victime de harcèlement endure.  Bouleversée de découvrir que certains enfants peuvent faire preuve de tant de violence et de cruauté.  Bouleversée par le peu de réactivité des adultes, qu’ils soient enseignants ou parents.  Bouleversée par l’incapacité de la victime à s’ouvrir aux autres, par son choix de finalement faire semblant que tout va bien.  Jusqu’au drame.

Outre la souffrance liée à la perte de son enfant, le père de Samuel s’en veut. Il n’a rien vu venir et n’a rien compris aux appels à l’aide de son fils. Il décide donc de le venger et, bien que la méthode choisie soit extrêmement violente, une part de la maman que je suis comprend sa démarche.

Voici un livre qui devrait se retrouver dans le programme de lectures scolaires obligatoires !

Mais cet ouvrage est également à faire lire d’urgence aux harceleurs, à ceux qui les suivent comme des moutons, à ceux qui craignent de devenir à leur tour les harcelés s’ils ne rient pas aux blagues des bourreaux, aux enseignants, aux éducateurs, aux parents.  Un témoignage à mon sens bien plus percutant que toute la théorie que l’on peut retrouver sur le sujet.

Tu as frappé fort avec ce livre Samuel et j’ose espérer que Tim apportera sa petite pierre à l’édifice en matière de lutte contre le harcèlement scolaire. Merci pour cet ouvrage, merci de m’avoir ouvert les yeux, merci de m’avoir secouée de la sorte.  Comme je l’ai dit et répété plus haut, je suis bouleversée, et c’est tant mieux !

Bonne nouvelle annoncée par Samuel le 28 janvier 2021 :

Soltani, Vanessa – Arborescence

Auto-édition – 20 janvier 2021

4ème de couverture

Elle a 4 ans et elle est différente. Elle ne le sait pas encore mais elle est autiste Asperger. À vouloir comprendre le monde à sa manière, elle affronte ses « bizarreries » et le jugement des autres au gré d’instants de grâce et de disgrâce qui s’entremêlent en dents de scie. Oubliez l’histoire romanesque telle que vous pourriez l’imaginer. Lire Arborescence, c’est tout d’abord entrer en lecture expérimentale où l’épopée se focalise uniquement sur un état d’esprit. Les personnages secondaires ont peu d’importance. La chronologie et l’intrigue n’existent pas. Juste une protagoniste en quête d’elle-même, avec pour objectif principal inconscient : dénouer les traits caractéristiques d’une petite fille autiste Asperger.

Mon avis

Aujourd’hui paraît un livre magnifique : Arborescence, écrit par Vanessa Soltani.

J’ai eu la chance de croiser la route de Vanessa il y a quelques mois, lorsqu’elle cherchait des bêta-lecteurs.  De fil en aiguille, nos échanges se sont intensifiés et une belle complicité (virtuelle) est née.

Vanessa se sent différente depuis l’enfance mais ce n’est que récemment que le diagnostic a enfin pu être posé : elle est autiste Asperger.

Avec Arborescence, Vanessa nous offre une incursion dans la tête d’une petite fille de 4 ans que ses camarades de classe trouvent pour le moins bizarre, étant déroutés par ses attitudes et son mode de fonctionnement.

Dans ce livre, pas de chronologie ni d’intrigue.  Juste la vraie vie.  Vanessa nous dévoile l’état d’esprit et le fonctionnement du cerveau de cette petite fille pas comme les autres.  Les premières pages sont assez déroutantes car il est très difficile pour une personne non Asperger de suivre un raisonnement qui semble à première vue extrêmement chaotique.  Mais grâce à la structure qu’a choisie Vanessa, le lecteur parvient rapidement à comprendre cette petite fille et surtout, à s’y attacher.

On se retrouve ici dans de l’intime et c’est un merveilleux cadeau que nous fait Vanessa.  En effet, il est très difficile pour les personnes atteintes d’Asperger d’aller vers les autres et de se confier.  Mesurez-donc l’ampleur des difficultés surmontées par l’auteure pour se dévoiler !

Avec Arborescence, Vanessa fait son coming-out et ambitionne de pouvoir venir en aide aux autres, à toutes ces personnes qui se sentent différentes, qui n’ont peut-être pas encore été diagnostiquées, aux plus jeunes qui luttent pour comprendre et appréhender leur mode de fonctionnement différent de la norme. 

Mais ce livre n’est pas uniquement destiné aux autistes Asperger ou à leurs proches.  Il vous est destiné à vous, à moi, au plus grand nombre possible, afin de permettre à tout un chacun d’être sensibilisé par ce trouble et, qui sait, pouvoir venir en aide le plus rapidement possible aux enfants différents et leur éviter ainsi une bien trop longue attente, telle que vécue par Vanessa, jusqu’au diagnostic.

Pour tout cela, je dis bravo et surtout merci Vanessa.  Merci pour ce livre, pour votre confiance, pour nos échanges et surtout, merci d’être la belle personne que vous êtes.

Duchamp, Chrystel – L’art du meurtre

Archipoche – 7 janvier 2021

4ème de couverture

Quatre victimes. Et aucun coupable.
Des relations amoureuses sans lendemain. Une mère possessive et intrusive. Des nuits entières à errer. La vie d’Audrey, 34 ans, pourrait se résumer à une succession d’échecs. Seul son métier de lieutenant à la PJ lui permet de garder la tête hors de l’eau.
En ce jour caniculaire de juillet, Audrey et son équipe sont appelés sur une scène de crime. Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Son corps a été torturé, mutilé, partiellement écorché, puis mis en scène sur une table dressée pour un banquet. Pour compléter cette vanité, un crâne humain lui fait face : celui de sa défunte épouse, dont la tombe a été profanée quelques jours auparavant.

Audrey et son équipe découvrent rapidement que l’homme est un habitué des clubs sadomasochistes parisiens et que, richissime, il a dépensé sa fortune en achetant des œuvres d’art. Au point de finir ruiné.
Quand un deuxième meurtre est commis dans des conditions similaires, Audrey sait qu’elle fait face à un psychopathe. À elle de plonger dans les milieux interlopes parisiens, des maisons de vente aux clubs SM, pour débusquer ce tueur, dont les méthodes extrêmes n’ont d’égale que son appétit meurtrier.

Mon avis

Après avoir dévoré l’excellent « Le sang des Belasko », j’ai eu envie de découvrir d’autres ouvrages de Chystel Duchamp.

Malheureusement, celui-ci m’a déçue.  Bien que l’intrigue soit originale, j’ai trouvé les personnages beaucoup trop caricaturaux et l’enquête extrêmement simpliste.

Ceci dit, c’est malgré tout un petit polar qui se lit aisément et rapidement et dont j’ai apprécié le petit twist final inattendu.

Edvardsson, Mattias – Une famille presque normale

Pocket – 15 octobre 2020

4ème de couverture

Il n’existe pas de famille normale.

Faites connaissance avec la famille Sandell. Le père, Adam, est un pasteur respecté dans la petite ville de Lund, en Suède. Sa femme, Ulrika est une brillante avocate. Leur fille, Stella, dix-neuf ans, s’apprête à quitter le foyer pour un road trip en Asie du Sud-Est. C’est une famille normale, une famille comme les autres. Et comme toutes les autres familles de la ville, les Sandell sont horrifiés quand un important homme d’affaires, Christopher Olsen est retrouvé assassiné. Ils le sont plus encore quand, quelques jours plus tard la police vient arrêter Stella. Comment pouvait-elle connaître Olsen, et quelles raisons auraient pu la pousser à le tuer ? Il ne peut s’agir que d’une erreur judiciaire.

Dans ce récit en trois parties, chacun des membres de la famille tente à son tour de recomposer un puzzle dont il n’a pas toutes les pièces. C’est d’abord Adam qui s’exprime, puis Stella, et enfin Ulrika. Chaque fois, de nouvelles perspectives se font jour, la version précédente est remise en question, la vérité s’échappe. La seule évidence qui s’impose très vite, c’est qu’il n’existe aucune famille « normale ».

Plus qu’un thriller, une découverte exceptionnelle.

Mon avis

Christopher Olsen, richissime homme d’affaires de 32 ans est retrouvé mort, dans une plaine de jeux.  Tout porte à croire que Stella, jeune fille de 19 ans, a commis ce meurtre.

Ce livre est constitué de trois parties, laissant la parole successivement au père, à l’adolescente et à la mère.  Nous découvrons ainsi l’histoire de cette famille, les événements qui ont mené au drame et bien entendu l’incompréhension totale des parents qui pensaient connaître leur fille.

« Stella Sandell est suspectée de meurtre. »

Aucun parent ne peut envisager entendre un jour le nom de son enfant cité dans un tel contexte. Quiconque a eu son bébé couché sur son ventre avec ses pieds miniatures qui gigotent et son rire qui gargouille ne peut imaginer une chose pareille. Ca arrive aux autres. Pas à nous.

Ce choix de style de narration pourrait de prime abord laisser craindre une répétition des faits mais fort heureusement il n’en est rien, chaque membre de la famille venant plutôt compléter ou développer les faits relatés par les autres.

Une écriture impeccable, des chapitres courts, des personnages fouillés et un suspense maintenu jusqu’à la toute fin : tous les éléments sont réunis afin de passer un excellent moment de lecture !

Laurent, Magali – Reviens, Lila

Grasset – 3 février 2021

4ème de couverture

Le 27 octobre 2015, Magali Laurent attend impatiemment le retour de sa petite fille de trois ans, partie en vacances avec son père en Tunisie. Soudain, un coup de fil fait basculer son monde : Magali apprend que son ex-mari est en réalité en Turquie, et qu’il compte aller en Syrie pour rejoindre Daech. Affolée, effarée, elle comprend qu’il la manipulait depuis des mois, préparant secrètement son départ pour le djihad, jusqu’à enlever leur fille.

La vie de Magali bascule dans un univers qui ressemblerait au Bureau des légendes s’il n’était pas d’une tragique réalité. Terrorisme, combattants étrangers en Syrie, communications cryptées et législation complexe… Elle est immergée dans le quotidien des services antiterroristes, bien que se trouvant vouée à l’attente dans l’espoir d’un signe de Lila.
Et pourtant, l’histoire avait commencé de façon si banale… Un coup de foudre amoureux près de Tunis, sept ans de relation, le mariage, puis la naissance de Lila. Même si Magali et son mari finissent par se séparer, il se révèle un père aimant auquel elle confie souvent sa fille… Sauf que, pendant ce temps, il lui dissimule sa plongée dans l’islam radical.
« J’ai mis au monde un enfant pour lui faire vivre l’enfer », dit aujourd’hui Magali Laurent, qui ignore où est sa fille. Mais après avoir traversé l’enfer, elle a décidé de vivre malgré tout. Aujourd’hui maman d’une deuxième petite fille, elle continue à espérer, à se battre. C’est aussi pour cela qu’elle a décidé de se livrer.
Pour laisser une trace à Lila, dans l’espoir qu’elle soit vivante, et qu’elle puisse un jour lire cette histoire, son histoire. Et pour laisser une trace de Lila, sa fille qu’elle a parfois revue via des communications vidéo sur Skype, sa petite fille déjà voilée, en Syrie, qui implorait sa mère de venir la rejoindre… Avant que les contacts soient définitivement rompus en 2017.

D’une dignité, d’une force et d’une honnêteté remarquables, Magali Laurent ne cache rien. De ses doutes et de ses souffrances, mais aussi de la culpabilité et des interrogations qui la rongent. Par-delà le drame effrayant qui est le sien, elle délivre un exceptionnel message d’humanité. Puisse Lila le découvrir un jour.

Mon avis

La petite Lila n’a que 3 ans et demi lorsque son père, profitant de son tour de garde, l’emmène en Syrie pour rejoindre Daech.  La vie de Magali bascule dès lors dans une horreur compréhensible.

Si dans un premier temps et selon le bon vouloir de son ex-mari, elle a de rares contacts par Skype avec Lila, ceux-ci se font de plus en plus espacés jusqu’à cesser complètement. La dernière fois que Magali a pu s’entretenir avec sa fille, cette dernière ne parlait plus français, était voilée et s’appelait Fatima.

Magali nous livre son histoire bouleversante en toute honnêteté.  Aurait-elle dû déceler les signes de radicalisation de son ex-époux ? A-t-elle eu raison de vouloir, malgré le divorce, laisser cet homme garder une place dans la vie de son enfant ? 

A ses questionnements quant à sa culpabilité, s’ajoutent bien entendu la douleur et le désespoir.  Et Magali a beau être bien entourée, personne ne peut comprendre ce qu’elle vit ni malheureusement l’aider à retrouver son enfant dans ce pays ravagé par la guerre.

A l’heure où Magali Laurent écrit ce livre, elle n’a pas retrouvé sa fille et ne sait pas si elle est encore en vie.

Partageons ce livre, faisons-le tourner sur les réseaux sociaux, sur les blogs, sur les divers sites littéraires, partout !  Car, comme le dit Magali à la fin de l’ouvrage :

Et puis, qui sait, si par bonheur la mort l’a épargnée, elle tombait dessus ?

C’est le moins que l’on puisse faire pour aider, un tant soit peu…

#NetGalleyFrance #Grasset #ReviensLila

Ben Jelloun, Tahar – Le miel et l’amertume

Gallimard – 7 janvier 2021

4ème de couverture

Tanger, au début des années 2000. Un pédophile abuse de jeunes filles en leur faisant miroiter la publication de leurs poèmes dans son journal. Il agit en toute impunité, sans éveiller le moindre soupçon. Ce roman raconte l’histoire d’une de ses victimes, Samia, une jeune fille de seize ans. Elle ne se confie pas à ses parents, mais consigne tout dans son journal intime, qu’ils découvriront bien après son suicide.
A partir de cette tragédie, les parents de Samia basculent dans un désordre qui révélera leurs lâchetés et leurs travers. Le père, homme intègre, rejoint la cohorte des corrompus. Ensemble, ils s’abîment dans une détestation mutuelle aussi profonde que leur chagrin.

La lumière viendra d’un jeune immigré africain, Viad. Avec douceur et bienveillance, il prendra soin de ce couple moribond. Viad panse les plaies et ramène le souffle de la vie dans la maison.
Le pauvre n’est pas celui qu’on croit. Et le miel peut alors venir adoucir l’amertume de ceux qui ont été floués par le destin.

Mon avis

Voici un livre dont la construction m’a terriblement déçue.  En effet, « Le jour funeste de la tragédie », à savoir le suicide de Samia, ne survient qu’à la fin du roman et mis à part un chapitre dans lequel elle relate, également vers la fin du roman, la violence dont elle a été victime, Samia est malgré tout un personnage secondaire qui ne s’exprime pas énormément.

Dès lors, pour le lecteur qui n’aurait pas lu le résumé de l’histoire lors de l’achat du livre (et oui, cela arrive plus fréquemment qu’on ne le croit), il s’agit plutôt ici de l’histoire de l’érosion d’un couple.

Personnellement, j’ai lu le résumé avant l’achat et me suis sentie flouée à la fin de cette lecture qui promettait « Ce roman raconte l’histoire d’une de ses victimes, Samia, une jeune fille de seize ans. Elle ne se confie pas à ses parents, mais consigne tout dans son journal intime, qu’ils découvriront bien après son suicide. »

Cependant, la plume de Tahar Ben Jelloun étant excellente, ce roman m’a néanmoins offert un agréable moment de lecture.