Vaughan, Sarah – Autopsie d’un drame

Préludes – 10 mars 2021

4ème de couverture

Liz est obligée, par sa hiérarchie et par conscience professionnelle, d’avertir les services sociaux quand une de ses amies, Jess, se présente aux urgences pédiatriques avec sa dernière née. L’image lisse du couple et de Jess s’effondre. entre question de police, on-dits du voisinage, tout le monde remet en question la mère. Mais est-ce aussi simple ?

Mon avis

Jess est mère de 3 enfants. Sa petite dernière, âgée de 10 mois, n’est pas un bébé facile. Elle demande énormément d’attention et pleure très souvent de longues heures durant. Ed, le mari de Jess, a un boulot exigeant et n’est pas très souvent présent. Jess est à bout, totalement dépassée dans son rôle de mère qui l’a menée à l’épuisement.

En toute honnêteté, quelle mère de famille n’a jamais ressenti le besoin de s’éloigner quelques instants de son bébé, pour reprendre ses esprits, se calmer, s’aérer, afin d’être capable de supporter à nouveau les pleurs incessants ?

L’auteur décrit de façon assez réaliste la dépression postnatale et a réussi à rendre vraies les émotions et attitudes des femmes en souffrant. Les personnalités ne sont pas extraordinairement fouillées mais l’on ressent malgré tout énormément d’empathie pour ces femmes qui, sous prétexte d’être mères, sont censées être parfaites.

A ceux qui hésiteraient à lire ce livre, effrayés par un résumé parlant de maltraitance d’enfants, j’ai envie de dire : passez outre vos craintes car ce livre est pudique, l’auteur s’abstient de détails violents ou impossibles à lire. Ce livre est avant tout un drame moderne, une histoire dans laquelle pourront se reconnaître de nombreuses femmes à qui la société actuelle en demande beaucoup trop.

Je remercie NetGalleyFrance ainsi que les Editions Préludes de m’avoir offert la possibilité de découvrir en avant-première cet ouvrage captivant.

Smith, Ali – Hiver

Grasset – 10 février 2021

4ème de couverture

Sophia Cleves a proposé à son fils Art – avec qui elle entretient des relations plutôt distantes – de venir passer Noël dans sa grande maison en Cornouailles.
A cette occasion, il était prévu qu’il lui présente sa petite amie Charlotte. Sauf que Charlotte rompt avec Art. Ce dernier ne voulant pas se désavouer devant sa mère, il propose à une jeune femme rencontrée à un arrêt de bus de jouer le rôle de Charlotte le temps des fêtes de fin d’année.
Une fois sur place, le faux couple se rend compte que la mère d’Art ne va pas bien. Son comportement est erratique, et elle semble confuse. Art appelle sa tante Iris au secours, bien que les deux femmes ne se soient pas parlé depuis trente ans.

Un drôle de week-end commence alors : le souvenir d’autres fêtes de Noël surgit, la mémoire de l’enfance commune aussi, puis la brouille autour des choix idéologiques des deux soeurs refait surface. Car Sophia est une femme d’affaires à la retraite, alors que sa soeur Iris a consacré sa vie au militantisme politique et n’a renié aucune de ses convictions.

L’hiver, pour Ali Smith, est la saison des ruptures, des convictions qui nous séparent, avant d’être celle des retrouvailles. Son regard sur les faux-semblants de nos sociétés à l’ère de la post-vérité est impitoyable, tendre et drôle à la fois, portée par une langue d’une grande poésie.

Mon avis

J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire, ce qui explique pourquoi j’ai mis autant de temps à faire mon retour de lecture. 16 jours pour lire un livre, du jamais vu en ce qui me concerne !

J’ai aimé la façon dont Ali Smith joue avec les mots ainsi que les interactions entre les deux soeurs mais je n’ai malgré tout pas été emportée par l’histoire qui demande, à mon sens, beaucoup trop d’analyse et de réflexion. Au vu du résumé, je m’attendais à une lecture légère et divertissante et c’est peut-être là que réside le problème : je n’étais pas dans l’état d’esprit adéquat pour une telle lecture.

Je pense très sincèrement être totalement passée à côté de cette histoire et serais incapable d’en faire un compte-rendu plus détaillé.

Ceci étant, je ne suis pas en train de suggérer d’ignorer ce livre qui sortira le 10 février 2021 aux Editions Grasset car je dois admettre qu’Ali Smith écrit bien. Ce n’est tout simplement pas mon style de littérature.

Soltani, Vanessa – Arborescence

Auto-édition – 20 janvier 2021

4ème de couverture

Elle a 4 ans et elle est différente. Elle ne le sait pas encore mais elle est autiste Asperger. À vouloir comprendre le monde à sa manière, elle affronte ses « bizarreries » et le jugement des autres au gré d’instants de grâce et de disgrâce qui s’entremêlent en dents de scie. Oubliez l’histoire romanesque telle que vous pourriez l’imaginer. Lire Arborescence, c’est tout d’abord entrer en lecture expérimentale où l’épopée se focalise uniquement sur un état d’esprit. Les personnages secondaires ont peu d’importance. La chronologie et l’intrigue n’existent pas. Juste une protagoniste en quête d’elle-même, avec pour objectif principal inconscient : dénouer les traits caractéristiques d’une petite fille autiste Asperger.

Mon avis

Aujourd’hui paraît un livre magnifique : Arborescence, écrit par Vanessa Soltani.

J’ai eu la chance de croiser la route de Vanessa il y a quelques mois, lorsqu’elle cherchait des bêta-lecteurs.  De fil en aiguille, nos échanges se sont intensifiés et une belle complicité (virtuelle) est née.

Vanessa se sent différente depuis l’enfance mais ce n’est que récemment que le diagnostic a enfin pu être posé : elle est autiste Asperger.

Avec Arborescence, Vanessa nous offre une incursion dans la tête d’une petite fille de 4 ans que ses camarades de classe trouvent pour le moins bizarre, étant déroutés par ses attitudes et son mode de fonctionnement.

Dans ce livre, pas de chronologie ni d’intrigue.  Juste la vraie vie.  Vanessa nous dévoile l’état d’esprit et le fonctionnement du cerveau de cette petite fille pas comme les autres.  Les premières pages sont assez déroutantes car il est très difficile pour une personne non Asperger de suivre un raisonnement qui semble à première vue extrêmement chaotique.  Mais grâce à la structure qu’a choisie Vanessa, le lecteur parvient rapidement à comprendre cette petite fille et surtout, à s’y attacher.

On se retrouve ici dans de l’intime et c’est un merveilleux cadeau que nous fait Vanessa.  En effet, il est très difficile pour les personnes atteintes d’Asperger d’aller vers les autres et de se confier.  Mesurez-donc l’ampleur des difficultés surmontées par l’auteure pour se dévoiler !

Avec Arborescence, Vanessa fait son coming-out et ambitionne de pouvoir venir en aide aux autres, à toutes ces personnes qui se sentent différentes, qui n’ont peut-être pas encore été diagnostiquées, aux plus jeunes qui luttent pour comprendre et appréhender leur mode de fonctionnement différent de la norme. 

Mais ce livre n’est pas uniquement destiné aux autistes Asperger ou à leurs proches.  Il vous est destiné à vous, à moi, au plus grand nombre possible, afin de permettre à tout un chacun d’être sensibilisé par ce trouble et, qui sait, pouvoir venir en aide le plus rapidement possible aux enfants différents et leur éviter ainsi une bien trop longue attente, telle que vécue par Vanessa, jusqu’au diagnostic.

Pour tout cela, je dis bravo et surtout merci Vanessa.  Merci pour ce livre, pour votre confiance, pour nos échanges et surtout, merci d’être la belle personne que vous êtes.

Laurent, Magali – Reviens, Lila

Grasset – 3 février 2021

4ème de couverture

Le 27 octobre 2015, Magali Laurent attend impatiemment le retour de sa petite fille de trois ans, partie en vacances avec son père en Tunisie. Soudain, un coup de fil fait basculer son monde : Magali apprend que son ex-mari est en réalité en Turquie, et qu’il compte aller en Syrie pour rejoindre Daech. Affolée, effarée, elle comprend qu’il la manipulait depuis des mois, préparant secrètement son départ pour le djihad, jusqu’à enlever leur fille.

La vie de Magali bascule dans un univers qui ressemblerait au Bureau des légendes s’il n’était pas d’une tragique réalité. Terrorisme, combattants étrangers en Syrie, communications cryptées et législation complexe… Elle est immergée dans le quotidien des services antiterroristes, bien que se trouvant vouée à l’attente dans l’espoir d’un signe de Lila.
Et pourtant, l’histoire avait commencé de façon si banale… Un coup de foudre amoureux près de Tunis, sept ans de relation, le mariage, puis la naissance de Lila. Même si Magali et son mari finissent par se séparer, il se révèle un père aimant auquel elle confie souvent sa fille… Sauf que, pendant ce temps, il lui dissimule sa plongée dans l’islam radical.
« J’ai mis au monde un enfant pour lui faire vivre l’enfer », dit aujourd’hui Magali Laurent, qui ignore où est sa fille. Mais après avoir traversé l’enfer, elle a décidé de vivre malgré tout. Aujourd’hui maman d’une deuxième petite fille, elle continue à espérer, à se battre. C’est aussi pour cela qu’elle a décidé de se livrer.
Pour laisser une trace à Lila, dans l’espoir qu’elle soit vivante, et qu’elle puisse un jour lire cette histoire, son histoire. Et pour laisser une trace de Lila, sa fille qu’elle a parfois revue via des communications vidéo sur Skype, sa petite fille déjà voilée, en Syrie, qui implorait sa mère de venir la rejoindre… Avant que les contacts soient définitivement rompus en 2017.

D’une dignité, d’une force et d’une honnêteté remarquables, Magali Laurent ne cache rien. De ses doutes et de ses souffrances, mais aussi de la culpabilité et des interrogations qui la rongent. Par-delà le drame effrayant qui est le sien, elle délivre un exceptionnel message d’humanité. Puisse Lila le découvrir un jour.

Mon avis

La petite Lila n’a que 3 ans et demi lorsque son père, profitant de son tour de garde, l’emmène en Syrie pour rejoindre Daech.  La vie de Magali bascule dès lors dans une horreur compréhensible.

Si dans un premier temps et selon le bon vouloir de son ex-mari, elle a de rares contacts par Skype avec Lila, ceux-ci se font de plus en plus espacés jusqu’à cesser complètement. La dernière fois que Magali a pu s’entretenir avec sa fille, cette dernière ne parlait plus français, était voilée et s’appelait Fatima.

Magali nous livre son histoire bouleversante en toute honnêteté.  Aurait-elle dû déceler les signes de radicalisation de son ex-époux ? A-t-elle eu raison de vouloir, malgré le divorce, laisser cet homme garder une place dans la vie de son enfant ? 

A ses questionnements quant à sa culpabilité, s’ajoutent bien entendu la douleur et le désespoir.  Et Magali a beau être bien entourée, personne ne peut comprendre ce qu’elle vit ni malheureusement l’aider à retrouver son enfant dans ce pays ravagé par la guerre.

A l’heure où Magali Laurent écrit ce livre, elle n’a pas retrouvé sa fille et ne sait pas si elle est encore en vie.

Partageons ce livre, faisons-le tourner sur les réseaux sociaux, sur les blogs, sur les divers sites littéraires, partout !  Car, comme le dit Magali à la fin de l’ouvrage :

Et puis, qui sait, si par bonheur la mort l’a épargnée, elle tombait dessus ?

C’est le moins que l’on puisse faire pour aider, un tant soit peu…

#NetGalleyFrance #Grasset #ReviensLila

Ben Jelloun, Tahar – Le miel et l’amertume

Gallimard – 7 janvier 2021

4ème de couverture

Tanger, au début des années 2000. Un pédophile abuse de jeunes filles en leur faisant miroiter la publication de leurs poèmes dans son journal. Il agit en toute impunité, sans éveiller le moindre soupçon. Ce roman raconte l’histoire d’une de ses victimes, Samia, une jeune fille de seize ans. Elle ne se confie pas à ses parents, mais consigne tout dans son journal intime, qu’ils découvriront bien après son suicide.
A partir de cette tragédie, les parents de Samia basculent dans un désordre qui révélera leurs lâchetés et leurs travers. Le père, homme intègre, rejoint la cohorte des corrompus. Ensemble, ils s’abîment dans une détestation mutuelle aussi profonde que leur chagrin.

La lumière viendra d’un jeune immigré africain, Viad. Avec douceur et bienveillance, il prendra soin de ce couple moribond. Viad panse les plaies et ramène le souffle de la vie dans la maison.
Le pauvre n’est pas celui qu’on croit. Et le miel peut alors venir adoucir l’amertume de ceux qui ont été floués par le destin.

Mon avis

Voici un livre dont la construction m’a terriblement déçue.  En effet, « Le jour funeste de la tragédie », à savoir le suicide de Samia, ne survient qu’à la fin du roman et mis à part un chapitre dans lequel elle relate, également vers la fin du roman, la violence dont elle a été victime, Samia est malgré tout un personnage secondaire qui ne s’exprime pas énormément.

Dès lors, pour le lecteur qui n’aurait pas lu le résumé de l’histoire lors de l’achat du livre (et oui, cela arrive plus fréquemment qu’on ne le croit), il s’agit plutôt ici de l’histoire de l’érosion d’un couple.

Personnellement, j’ai lu le résumé avant l’achat et me suis sentie flouée à la fin de cette lecture qui promettait « Ce roman raconte l’histoire d’une de ses victimes, Samia, une jeune fille de seize ans. Elle ne se confie pas à ses parents, mais consigne tout dans son journal intime, qu’ils découvriront bien après son suicide. »

Cependant, la plume de Tahar Ben Jelloun étant excellente, ce roman m’a néanmoins offert un agréable moment de lecture.

Galliègue, Cathy – Contre nature

Seuil – 1 octobre 2020

4ème de couverture

Trois femmes sont incarcérées dans la même prison. C’est là, dans la bibliothèque du centre pénitentiaire, que Pascale, Vanessa et Leïla se rencontrent.

Captives de leur condition humaine et des préjugés, elles ont chacune une manière différente de vivre leur détention. Il y a celle qui se pose en redresseuse de torts, celle qui voudrait faire oublier le sort réservé à ses bébés, celle qui imagine que les livres les sauveront toutes les trois. Sensibiliser Vanessa à la lecture et vaincre les réticences de Pascale, tels sont les défis que se lance Leïla.

Alors qu’elles n’ont rien en commun, qu’elles ne cherchent pas l’amitié, la pratique cathartique de l’écriture va leur donner l’occasion d’établir une relation, d’évoquer la violence qui les a conduites à l’enfermement.

Mon avis

Voici mon premier coup de cœur de 2021 !

Un magnifique roman dans lequel nous suivons Pascale, Vanessa et Leïla, 3 femmes incarcérées pour des crimes assez violents. 3 femmes qui, finalement, ne sont que des cabossées de la vie et qui n’avaient pas forcément d’autres choix.

Chacune leur tour, ces femmes nous racontent leur passé chaotique et malgré la gravité des faits, on ne peut que s’attacher à elles.  La révolte que j’ai ressentie n’était en aucun cas liée à leurs crimes mais bien tournée vers ceux qui sont la cause de leurs actes.

J’ai porté dans mon ventre ce que vous appelez des enfants. Vous vous trompez. J’ai porté en moi, par huit fois, une boule de magma résultant de la fusion de deux corps dont on imagine avec dégoût les ébats.  – Pascale

Ils ont bousillé sa fraîcheur innocente, elle deviendrait féroce, ses revanches calées au creux du ventre, et puisqu’elle ne pouvait pas les combattre, eux, les loups hilares, elle pourrait au moins être plus rusée qu’eux. Ils ont joué, ils l’ont ouverte, l’ont fait saigner, ils ont ri et se sont félicités, le torse bombé, ils se sont sentis vaillants et forts, ils l’ont crue résignée, à leur merci, ils n’ont rien vu.

Elle leur prouverait que ce qui ne nous tue pas, etc. – Vanessa

Leïla, plus âgée et posée, ne peut admettre que ses codétenues soient résignées à ne jamais plus recouvrer leur dignité :

Vous donnez raison à ceux qui pense que nous sommes mauvaises, vous, moi, celle qui va arriver et que vous jurez de démolir. A leurs yeux, plus jamais nous ne serons des femmes convenables, alors autant nous saboter pour de bon, c’est ça ?

Passionnée de lecture depuis son plus jeune âge, elle va convaincre Pascale et Vanessa de rejoindre l’atelier de lecture et d’écriture proposé au sein de l’établissement pénitentiaire. Ces 3 femmes vont apprendre à mettre des mots sur leurs souffrances, à s’accepter en tant que femmes et non plus uniquement telles que les autres les définissent : grosse, soumise, rebelle, criminelle.

« Regarde, m’a-t-il dit, regarde comme nous sommes riches ! Ca vaut tous les trésors du monde, tu sais, habibte, ça vaut tous les meubles inutiles et très chers, toutes ces choses qui ne servent à rien. On n’a besoin que de ça, retiens bien, un lit pour dormir, un sofa pour recevoir les amis et la famille, ce qu’il faut pour préparer les repas, un bon fauteuil pour lire, et beaucoup, beaucoup de livres. C’est tout. Tout est là. » Et il a passé amoureusement sa paume sur le dos des ouvrages classés avec soin, par auteur, époussetés régulièrement, contemplés avec fierté. – Leïla

Avec sa plume sobre et fluide, Cathy Galliègue signe un roman fort qui se lit d’une traite, prend aux tripes et se vit plus qu’il ne se raconte.

Cetro – Comme un chien

Date de parution : 9 décembre 2020

4ème de couverture

Retranché derrière une totale indifférence au monde qui l’entoure, aux joies et aux malheurs des autres, Jimmy avance dans la vie comme on respire, simple réflexe inconscient.
Nils, éphémère parmi les éphémères, atteint d’une maladie génétique, construit la sienne avec en point de mire une fin programmée qu’il sait proche.
L’un entrevoit la mort comme une porte de sortie possible, l’autre la perçoit comme une injustice.
Leur rencontre cet été là les poussera à rebattre les cartes, à reconsidérer leur perception de l’existence, et leur ouvrira des horizons plus larges, bien au delà de leurs drames personnels.

Mon avis

2020 fut moche. Personne ne me contredira, je pense. Mais grâce à Cédric Veto, je termine cette année de lecture en beauté. Bon sang ce livre ! Quelle magnifique ode à l’amitié et à l’amour, je suis bouleversée par cette lecture !

Jimmy, celui que tout le monde appelle « le cassos », est issu d’une famille qui avait tout pour être heureuse mais que la vie n’a pas épargnée.  Il traîne son âme en peine sans but précis, s’occupant de son grand-père sénile, seul membre de la famille qui vit encore à demeure.  Son père est mort et sa mère n’est qu’un courant d’air qu’il croise parfois lorsqu’elle rentre d’une nuit de prostitution.

Elle l’avait mis au monde et basta. S’il était né d’une fécondation in vitro, il aurait eu des chances d’avoir des échanges plus chaleureux avec sa maman éprouvette. 

Nils a 13 ans et est atteint de progeria, cette maladie qui entraîne un vieillissement accéléré. Il ne vivra donc plus très longtemps et sa mère, Marije, aimerait qu’il ne passe pas ses vacances d’été en compagnie de sa console de jeux.  Elle propose donc à Jimmy de passer les vacances scolaires en compagnie de Nils, contre rémunération. Jimmy voit dans cet arrangement une possibilité de nourrir son grand-père et accepte donc le deal.

Les deux petits cabossés de la vie vont développer une amitié très forte et formeront bientôt un trio, en compagnie de Slin, un chiot laissé pour mort et donc tout aussi cabossé qu’eux.

Jimmy va permettre à Nils de découvrir la vie en-dehors du cocon protecteur de sa mère et même, pour la première fois, de ne plus penser en continu à la mort qui peut venir le happer à tout instant.

Pas à pas, jour après jour, ainsi concevait-il la vie.

Nils quant à lui, va offrir à Jimmy la possibilité de s’ouvrir aux autres, ainsi qu’un cocon familial empli d’amour.

Cetro, avec sa plume réaliste et franche, offre à ses lecteurs de passer du rire aux larmes au travers d’une histoire abordant des thèmes tels que la maladie, le deuil, l’abandon, le désarroi, l’amour, la famille.  Une histoire qui vous secouera mais vous fera un bien fou.

Crois en un vieux bougon qu’en a plus des masses devant lui, le temps, c’est une denrée rare, mais ça vaut plus que dalle si on le prend pas pour soi. 

Malot, Laurent – Que Dieu lui pardonne

XO Editions – 14 janvier 2021

4ème de couverture

Maya a dix-sept ans. Lorsqu’elle décide d’échapper à la violence de son père, elle trouve refuge à Fécamp, au pied des falaises. Elle se reconstruit et peut enfin se rêver un avenir : elle sera architecte.
Mais dans l’appartement mitoyen du sien, quatre enfants, de six à douze ans, sont la proie d’un homme tyrannique. Son combat, désormais, n’est plus seulement de sauver son âme, mais de les protéger.
Jamais elle n’aurait imaginé que les choses se passeraient ainsi. Elle va agir avec son cœur. Sans réfléchir. Que Dieu lui pardonne. Comme il pardonne aux lâches. Aux misérables
Avec pudeur et simplicité, Laurent Malot écrit sur des drames qui touchent des milliers de femmes et d’enfants.

Que Dieu lui pardonne est une histoire poignante d’où jaillit la lumière, pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Une formidable ode à l’amour.

Mon avis

C’est avec pudeur et une bonne dose de tendresse que Laurent Malot aborde un thème extrêmement violent, à savoir la violence faite aux femmes et aux enfants.

Sans détails sordides, sans caricatures, ce livre est un hommage au courage, à la force, à la construction, à la reconstruction.

Une lecture dont je ressors profondément émue.

Plus il cognait, plus je le fixais dans les yeux. J’arrivais même à sourire, des fois. Ca l’énervait.

Je la crois. Je l’ai fait, moi aussi. La douleur est un animal étrange qui se laisse parfois apprivoiser. Elle peut devenir une alliée qui permet d’offrir le plus beau regard de défi. C’est terrible, pour un bourreau, de se rendre compte que ses coups ne portent plus. Il en est désorienté, il ne comprend plus une situation qu’il pensait dominer et s’interroge sur ce qu’il est en train de faire. Dans une seconde de lucidité, il entrevoit la sous-merde qu’il est et chercher une échappatoire capable de préserver sa dignité. Ca ne marche jamais. Qu’il sourie en feignant sa toute-puissance ou qu’il se répande en excuses, il sait qu’il est pitoyable.

Giraud, Delphine – Doucement renaît le jour

Fleuve Editions – 14 janvier 2021

4ème de couverture

Connie, jeune femme au caractère bien trempé, a réalisé
son rêve de devenir fleuriste et gère sa boutique d’une main de maître. Mais le jour où elle découvre une ancienne photo d’elle à côté d’un petit garçon, toutes ses certitudes s’effondrent. Qui est cet enfant ? Acculé, son père lui avoue qu’il s’agit de Mat, son petit frère. Victime d’un accident à l’âge de deux ans, il est resté tétraplégique et communique peu avec le monde extérieur. Connie l’a effacé de sa mémoire. Emportée par son désir de connaître son frère et de rattraper le temps perdu, elle oublie alors une question essentielle : pourquoi ses parents ont-ils préféré lui cacher la destinée de Mat pendant si longtemps ? Elle ignore encore ce qu’il en coûte de remuer le passé…

Mon avis

En alternant passé et présent, l’auteure nous dévoile l’histoire de Connie et de sa famille.  Une famille brisée à cause de l’accident qui a laissé Mat, le petit frère de Connie, tétraplégique. 

Connie est maintenant adulte et décide de (re)découvrir ce frère dont elle a ignoré l’existence depuis bien trop longtemps.  Avec beaucoup de douceur, de pudeur et de bienveillance, Delphine Giraud nous embarque dans les secrets de famille et traite avec justesse les dégâts que ceux-ci peuvent causer.

Les personnages sont attachants et tous ont leur place et leur nécessité dans cette histoire qui aborde également les thèmes du handicap, du dépassement de soi, du refus de l’engagement et de la dépression.

Ce feel-good aurait facilement pu verser dans la mièvrerie mais fort heureusement il n’en est rien, l’auteure nous réservant une petite intrigue parfaitement menée et un twist final assez surprenant.

Je remercie Fleuve Editions ainsi que NetGalley pour ce livre qui m’a donné un petit coup de boost et procuré un excellent moment de lecture.

Beuglet, Nicolas – Ca n’arrivera pas

XO Editions – 25 novembre 2020

4ème de couverture

Et si on se projetait en 2022 ? Qu’en sera-t-il de la pandémie, du vaccin, des restrictions de liberté ?
Dans cette fiction, Nicolas Beuglet déroule le scénario qu’il redoute.
Histoire, dit-il, d’éveiller les esprits…
Glaçant.

Mon avis

2022.  Maïa et son père ont fait le choix de ne pas se faire vacciner contre le coronavirus, contrairement à la majorité de la population française.

Dès lors, leurs sorties sont réglementées, Maïa est déscolarisée, l’accès aux lieux de culture, de sport et commerces leur est interdit ou fortement surveillé.

Reconnaissance faciale, alertes sms, prise de température obligatoire, télésurveillance.

Liberté de choisir de se faire vacciner ou non ? Oui bien sûr…. Du moins il paraît que… Sauf que…

Une nouvelle glaçante, un aperçu du monde de demain ? Peut-on vraiment encore penser que « ça n’arrivera pas » ?