Manchette, Ludovic & Niemiec, Christian – Alabama 1963

Le Cherche Midi – 20 août 2020

4ème de couverture

Birmingham, Alabama, 1963. Le corps sans vie d’une fillette noire est retrouvé. La police s’en préoccupe de loin. Mais voilà que d’autres petites filles noires disparaissent…
Bud Larkin, détective privé bougon, alcoolique et raciste, accepte d’enquêter pour le père de la première victime. Adela Cobb, femme de ménage noire, jeune veuve et mère de famille, s’interroge : « Les petites filles, ça disparaît pas comme ça… »
Deux êtres que tout oppose. A priori.

Sous des airs de polar américain, « Alabama 1963 » est avant tout une plongée captivante dans les États-Unis des années 1960, sur fond de ségrégation, de Ku Klux Klan et d’assassinat de Kennedy.

Mon avis

L’histoire se déroule sans surprise en Alabama, en 1963, dans une Amérique où la ségrégation est encore bien présente. Des jeunes filles noires sont retrouvées violées et assassinées mais la police n’y accorde pas une grande attention.

C’est dans ce contexte que nous faisons la connaissance d’Adela, femme de ménage et de Bud, ancien flic devenu détective privé alcoolique.  Même si ce personnage est assez cliché, il est intéressant de suivre cet homme blanc et cette femme noire, au fil d’une enquête qu’ils vont mener ensemble afin de retrouver l’assassin des gamines.

Je ne m’étendrai pas sur l’enquête policière car cette dernière est totalement farfelue et ce n’est que grâce à un concours de circonstances totalement irréaliste que l’auteur(e) des crimes est retrouvé(e).

Par contre ce livre est parfait pour appréhender le quotidien des Noirs au début des années ‘60 mais aussi pour découvrir ce lien d’amitié qui se crée et évolue entre Adela et Bud, pourtant parfaitement raciste en début d’ouvrage.

L’humour des copines d’Adela, les blagues racistes envers les Blancs, les dialogues savoureux et les réparties d’Adela sont autant d’éléments qui rendent également cette lecture très agréable.

En conclusion, voici un livre que je vous conseille si vous souhaitez passer un bon moment mais certainement pas si vous êtes à la recherche d’un bon polar.

Schepp, Emelie – Marquée à vie

Harper Collins – 11 janvier 2017

4ème de couverture

Nörrkoping, l’hiver.
La procureure Jana Berzelius arrive sur la scène du meurtre d’un haut responsable de l’Immigration en Suède, assassiné dans sa maison, au bord de la mer Baltique. Le tueur n’a laissé aucune trace. Etrangement, les seules empreintes que l’on retrouve sont celles d’un enfant – or, la victime n’en a pas… Quelques jours plus tard, le meurtrier est identifié. Mais il est mort. On retrouve son corps sur un rivage désolé, l’arme tout près de lui. Il s’agit bien d’un enfant. Signe particulier, il présente sur la nuque une scarification énigmatique.
Ce nom, gravé grossièrement à même la chair, provoque brutalement chez l’impénétrable Jana, pourtant réputée insensible et glaciale, un véritable séisme intérieur. Car elle porte la même scarification à la base du cou. La marque d’un passé qui ne lui revient que par flashes incontrôlables…

Mon avis

Emelie Schepp m’a été conseillée par une amie qui sait que j’apprécie les auteurs nordiques. C’est donc par le premier ouvrage de cette auteure que j’ai entamé ma lecture.

Dans l’ensemble, c’est efficace, tous les ingrédients nécessaires à un bon polar sont réunis : des meurtres, des enquêteurs formant une équipe soudée, des suspects ayant chacun un mobile et des chapitres courts donnant un bon rythme à l’histoire.

Malheureusement, la psychologie des personnages manque de profondeur et j’ai eu l’impression de ne survoler que superficiellement l’intrigue. C’est un premier roman, ça se sent. Mais je pense néanmoins qu’Emelie Schepp a du potentiel et j’espère donc découvrir plus de maturité dans l’écriture de ses autres ouvrages, que je découvrirai avec plaisir.

Gilberti, Ghislain – Sa majesté des ombres

La Mécanique Générale – 19 mars 2020

4ème de couverture

Un cartel d’un nouveau genre, invisible et sans pitié.
Une drogue d’une pureté inédite.
Un réseau de dealers sous pression, déployé à travers l’Europe et coupé de la tête de l’organisation.
Un signe commun aux membres du cartel : Ecce Lex, tatoué sur le poignet. Quand des dealers sont capturés, ils se révèlent incapables de livrer le moindre indice sur leur commanditaire… Quand leurs cadavres ne servent pas déjà de bornes kilométriques.
Une légende de la police judiciaire aux dons de mentaliste, Cécile Sanchez, fait face à des tueries aux modes opératoires sans précédent.
Est-il possible de mettre des ombres en cage ? Dans quel enfer devra-t-elle descendre pour faire face au mal absolu ?
Bienvenue dans le Réseau Fantôme
.

Mon avis

Même si je conçois que la mise en place de l’intrigue ainsi que des personnages est nécessaire, j’ai trouvé la première partie de ce roman extrêmement longue et j’ai failli décrocher à plusieurs reprises.  Mais j’ai tenu bon, voulant à tout prix comprendre pourquoi ce livre avait obtenu autant de critiques élogieuses.  Et dès la seconde partie, j’ai compris !

Ghislain Gilberti prend le temps de mettre en place une intrigue aux multiples ramifications, savamment construite, ne laissant pas la moindre place à l’improvisation ou à l’à peu près. Il plonge ses lecteurs dans la noirceur humaine, dans le milieu du trafic de drogues en tous genres et propose une équipe d’enquêteurs aux personnalités diverses.  Si certains personnages peuvent paraître assez clichés de prime abord, leur rôle dans l’histoire est malgré tout essentiel et dès lors réaliste.

Résultat : un pavé de plus de 700 pages (premier volume d’une trilogie) qui se lit à toute vitesse et qui confirme le sentiment que j’avais eu à la lecture de « Dynamique du chaos » du même auteur : Ghislain Gilberti mérite amplement sa place parmi les grands !

Garnault, Danino – Pulsions

Auto Edition – 14 juin 2020

4ème de couverture

Après avoir fait sa connaissance dans la nouvelle « Les hémorroïdes ensoleillées de Tata Bergamote », voici une nouvelle enquête où la patience de Nicole Salon sera mise à rude épreuve !
Se remettant d’une explosion qui a laissé la policière plusieurs mois sans activité professionnelle, Tata doit s’adapter entre la perte d’un être cher et les tribulations auxerroises d’un tueur en série dans la nature. Avec Poupée et USB, son équipe de choc, elle part à la recherche de ce criminel, mais aussi de ses propres pulsions et de ses émotions.
Une Tata plus mûre mais aussi plus sombre, compensant avec son verbe haut et ses frasques libertines, un chemin de croix vers le pardon et la rédemption. Laissez-vous happer par son langage fleuri et folklorique et accrochez vos ceintures ! Ou plutôt, débouclez-les !

Mon avis

Lorsque Danino m’a envoyé son livre, il m’a dit « courage, sois forte ».  Comme il avait tort !  Je n’ai pas vu le temps passer en compagnie de Tata, Poupée, Pantoufle et USB dont j’ai dévoré les aventures en un après-midi.

Certes, ce livre est complètement déjanté et le vocabulaire ainsi que les attitudes de Tata sont hauts en couleurs, mais il est à l’image du Danino que je suis depuis un petit temps sur les réseaux sociaux et dont j’apprécie l’humour. 

Du menton, elle désigna sa collègue qui les regardait, la bouche ouverte et les yeux aussi vifs que ceux d’une carpe essoufflée après une compétition de trampoline. 

J’ai eu un véritable coup de cœur pour Tata, cette grande gueule au cœur tendre.

J’ai ressenti plein de choses et tu m’as parlé avec ta bouche, ton visage, tes mains.

– C’est un peu ça, ouais.

– C’est touchant. Toi qui ne montre jamais rien d’habitude.

– Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis. Et ça, je l’ai toujours pensé, s’amusa Tata.

– Là, tu retournes dans ta carapace, ma belle. Tu te caches derrière tes rires, quand ce n’est pas derrière ton langage fleuri.

– Je ne sais pas montrer mes sentiments, de toute façon.

– La preuve que si, regarde ce que tu viens de faire.

Danino n’oublie pas ses copains des réseaux sociaux dans ce livre, les petits clins d’œil sont nombreux.  Parfois piquants, mais surtout très marrants.  Lorsque l’on connaît les personnes auxquelles il fait référence, on rit à gorge déployée !

Mais Danino sait également se montrer très tendre et sympathique, notamment lorsqu’il parle de Virginie Sarah Lou :

Elle fut accueillie par Virginie Saraloupe, une jolie petite minette pleine de charme de trente-cinq ans, dont le visage était éclairé par un sourire envoûtant. C’était la spécialiste maison des piercings. Son plaisir était de faire des trous dans les gens et le soir, dans l’intimité de son appartement, elle remplissait les âmes en écrivant des romans feel good.  Cette fille faisait le grand écart en matière d’art. 

En résumé, si vous cherchez une lecture atypique dans laquelle on ressent à chaque page que l’auteur s’est fait plaisir et si vous êtes capables de ne pas tout prendre au 1er degré, ce livre est fait pour vous !

Patterson, James – Diamants de sang

Editions de l’Archipel – 7 janvier 2021

4ème de couverture

L’avant-première d’un film à gros budget… Le tout-Manhattan attendu… Alors que la comédienne vedette s’apprête à fouler le tapis rouge, exhibant une parure d’émeraudes et de diamants valant huit millions de dollars, une détonation retentit, suivie du crash d’une Cadillac.

Un crime vient d’être commis. Les bijoux ont disparu… et personne n’a rien vu ! Une enquête cousue main pour le NYPD Red, l’unité d’élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les rich and famous.

Des penthouses aux bas-fonds de la ville où le crime ne s’arrête jamais, le détective Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald – son ex-petite amie – n’auront guère le temps de chômer. D’autant que le tueur a d’autres cibles en vue…

Mon avis

Ce livre est apparemment le 4e d’une série et je regrette de ne pas avoir lu les 3 précédents, ce qui m’aurait permis de suivre l’évolution des personnages principaux et de leur vie privée.

Ceci dit, lire ce tome indépendamment des précédents n’a en rien entravé mon plaisir de lecture.

J’ai particulièrement apprécié que l’histoire ne concerne pas une enquête unique, les enquêteurs étant chargés de résoudre 3 mystères simultanément.  Cela vous donne une idée du rythme d’enfer de ce livre que j’ai d’ailleurs dévoré en une journée.

Je recommande cet ouvrage aux lecteurs qui aiment découvrir ce que manigancent les méchants, sans devoir attendre les résultats de l’enquête. En effet, l’auteur nous permet des incursions dans leur monde à plusieurs reprises, façon de procéder fort différente de la majorité des polars classiques.

Je remercie NetGalleyFrance ainsi que les Editions de L’Archipel pour cette agréable découverte.

Engberg, Katrine – L’enfant étoile

Fleuve Editions – 7 janvier 2021

4ème de couverture

En plein centre-ville de Copenhague, une jeune étudiante est retrouvée dans son appartement sauvagement assassinée, le visage marqué par d’étranges entailles. L’inspecteur Jeppe Korner et son équipière Annette Werner, chargés de l’affaire, découvrent rapidement que le passé de la victime contient de lourds secrets. Quant à la propriétaire de l’immeuble et également voisine, Esther, elle est en train d’écrire un roman qui relate dans les moindres détails le déroulement du meurtre.
Simple coïncidence ou plan machiavélique ?
Commence alors pour Jeppe et Annette une plongée au cœur d’une ville dans laquelle les apparences sont mortelles.

Mon avis

J’avais hâte de découvrir l’écriture de Katrine Engberg, surtout parce que les écrivains scandinaves excellent en général dans l’écriture de polars et thrillers.

Malheureusement,  je n’ai pas du tout accroché : j’ai trouvé le rythme beaucoup trop lent, les personnages fades, le mystère quasi inexistant et je n’ai pas été emportée par l’enquête qui ne démarre jamais vraiment.

Peut-être aurais-je pu apprécier cette lecture si le nombre de pages avait été réduit, éliminant ainsi bon nombre de répétitions et de détails n’apportant que très peu de valeur ajoutée à l’histoire.

Malgré tout, cela ne m’empêchera pas de lire le tome 2 lorsqu’il sera disponible en français afin de pouvoir confirmer ou infirmer (je l’espère) mon avis au sujet du style de cette romancière.

Merci Fleuve Editions et NetGalley France de m’avoir donné l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Bizien, Jean-Luc – Et puis mourir

Fayard – 30 septembre 2020

4ème de couverture

Plusieurs samedis d’affilée, alors que tous les services de police de France sont mobilisés par les manifestations des gilets jaunes, de meurtres sont commis dans les beaux quartiers de Paris. Cela pourrait être l’œuvre d’un déséquilibré qui aurait poussé jusqu’à la vengeance les revendications de justice sociale, mais le commandant Jean-Yves Le Guen n’y croit pas.
Avec son adjoint, le capitaine Patriziu Agostini, ils jouent contre la montre. Car l’idée d’un « meurtrier gilet jaune » menace de faire l’objet de récupérations politiques qui ne feraient qu’empirer la situation – et le prochain samedi de protestations se rapproche …

Un polar d’actualité mêlant revendications sociales et vengeance personnelle – sur fond de Paris en état d’urgence.

Mon avis

Voici un polar dont la construction sort des sentiers battus.

En effet, ici l’auteur nous dévoile relativement rapidement l’identité du tueur en série mais nous laisse fort heureusement dans l’ignorance de ses motivations.

Dès lors, l’enquête policière ne constitue pas la partie la plus importante aux yeux du lecteur, même si j’avoue que celle-ci est rondement menée par 2 flics aguerris dont, au fil des pages, on découvre la personnalité et les valeurs.

Nous suivons donc un tueur en série et découvrons en détail l’horreur de ses crimes.  Ames sensibles, passez votre chemin. 

Même si petit à petit certains indices permettent d’appréhender la raison de ces meurtres, la véritable clé de l’intrigue n’est dévoilée qu’à l’approche de la fin du livre, tenant ainsi le lecteur en haleine.  Et quand toutes les pièces du puzzle sont enfin assemblées, on se rend compte qu’en fait, on s’est attaché au tueur…

Un très bon polar donc, que je recommande vivement.

Markogiannakis, Christos – Mourir en scène

Albin Michel – 26 février 2020

4ème de couverture

Un été torride sur les bords de la Riviera athénienne. Tandis que des hauts parleurs déversent des mélodies pop, une foule électrisée danse pieds nus sur le sable devant une chanteuse propulsée jusqu’à la scène par un monte-charge pneumatique, telle Aphrodite jaillie des eaux. Cinquante mille fans de tous âges assistent aux adieux de leur idole lors d’un concert retransmis en direct par la seule chaîne musicale ayant survécu à la crise grecque.
Le capitaine de la police Christophoros Markou, numéro deux du département des homicides de l’Attique, n’est pas là pour s’amuser mais pour assurer le service d’ordre de la star avec ses équipes. Lorsque, tout à coup, la fête tourne au cauchemar : la scène prend feu avant d’exploser. Accident ou attentat ?

Après Au 5e étage de la faculté de droit, Christos Markogiannakis nous plonge dans les eaux troubles des milieux du show biz grec et des médias…

Mon avis

Dès les premières pages, action : la plus grande star hellénique de la chanson meurt sur scène, tuée par une violente explosion lors de son concert d’adieu.

Le capitaine Christophoros Markou mène l’enquête.  Mais quel magnifique personnage !  J’ai pour habitude de prêter des traits aux personnages de romans et Markou a immédiatement pris l’apparence de l’inspecteur Columbo dans mon esprit.  Posé, calme, attentif, ne laissant strictement rien paraître, cet homme à la déduction implacable parvient à résoudre un mystère dont le dénouement laissera le lecteur pantois.

Il avait appris à faire des calculs grâce à une gymnastique mentale, et son sens pratique l’aidait à trouver l’inconnue X de toute équation criminelle. C’est ce qui s’était produit ce soir. Il avait enfin en tête la solution du drame et avait répondu à l’essentiel. Ne manquaient plus que quelques détails d’ordre pratique dont il aurait l’explication le lendemain, lors du rendez-vous de 17 heures à son bureau.

J’aime ces romans qui me font soupçonner tous les protagonistes à tour de rôle et avec Mourir En Scène j’ai été servie !   Dans cette histoire parfaitement construite, rien ne laisse entrevoir un tel final et ça, c’est un vrai régal.

Christos Markogiannakis a une écriture élégante, sans vulgarité, sans langage ordurier, sans effusion d’hémoglobine.  Preuve qu’il est possible d’écrire un polar addictif avec classe.  Bravo Christos, j’en redemande !