Amadou Amal, Djaïli – Les impatientes

Collas – 4 septembre 2020

4ème de couverture

Ramla, Hindou et Safira. Trois femmes, trois histoires, trois destins liés.
Ce magnifique roman retrace le destin de Ramla, 17 ans, arrachée à son amour pour être mariée de force avec Alhadji Issa, un homme riche et déjà marié. Hindou, sa soeur du même âge, est contrainte d’épouser Moubarak, son cousin, alcoolique, drogué et violent. Quant à Safira, 35 ans, la première épouse d’Alhadji Issa, elle voit d’un très mauvais oeil l’arrivée dans son foyer de la jeune Ramla, qu’elle veut voir répudiée.
Pour les aider dans cette étape importante et difficile de leur vie, leur entourage ne leur donne qu’un seul et même conseil : patience !
Mariage précoce forcé, viol conjugal, consensus et polygamie, avec Les Impatientes, Amal brise les tabous en dénonçant la condition de la femme dans le Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.

Mon avis

Basé sur l’histoire vraie de l’auteure, ce livre court et révoltant dépeint le sort de 3 femmes au Sahel, au sein d’une communauté dans laquelle le mâle règne en maître suprême.

Elles sont jeunes, elles ont des rêves et de l’ambition mais… elles n’ont strictement rien à dire, rien à décider, rien à espérer dans cette société gouvernée par les pères, les oncles et les maris. Tout ce qu’on leur demande, ou plutôt ce qu’on exige d’elles, c’est munyal, munyal, patience, patience. Mais patience pour quoi ? Patience pour parvenir à supporter les humiliations, les mariages forcés, les coups, les viols conjugaux. Car, si elles sont traitées de la sorte, à qui la faute ? A elles bien entendu!

Je ne sais pas ce que j’ai trouvé le plus révoltant : l’attitude des hommes ou celle de toutes ces tantes qui, ayant pour la plupart vécu le même calvaire que ces jeunes filles, s’arrogent pourtant le droit de les sermonner et de les convaincre que tout est de leur faute. Que leur quotidien pourrait être bien meilleur si elles faisaient preuve d’un peu plus de munyal, munyal.

Un témoignage poignant d’un quotidien inconcevable pour nous, occidentales.

Le paradis d’une femme se trouve aux pieds de son époux.

Rao, Shobha – J’irai te chercher jusqu’au bout du monde

XO Edtions – 27 août 2020

4ème de couverture

Poornima a tout juste seize ans. Après la mort de sa mère, comme toutes les Indiennes de son âge, elle attend que son père lui choisisse un mari. Mais lorsqu’elle rencontre Savitha, jeune femme indépendante et débordante de joie, son horizon s’ouvre enfin. Le village ne lui paraît plus aussi étouffant. Peut-être même, se dit-elle, qu’une autre vie existe, au-delà d’un mariage arrangé…

Une vie, pas un enfer. Car Savitha, victime d’un acte d’une cruauté extrême, doit prendre la fuite. Bouleversée, Poornima laisse tout derrière elle pour partir à la recherche de son amie. son périple l’amènera aux États-Unis, dans l’univers abject de la pègre indienne de Seattle. C’est là qu’elles se retrouveront et affronteront l’esclavage sexuel, les mutilations, la captivité.

Courageuses, déterminées, elles n’oublieront jamais l’espoir qui les anime. Et finiront par vaincre le pire de la société des hommes.

Mon avis

Quelle magnifique histoire d’amitié !

Poormina et Savitha sont deux jeunes filles de condition plus que modeste, pour qui une banane et une boule de riz représentent un repas de fête. Malgré cela, elles sont heureuses, pétillantes et bienveillantes. Ce n’est malheureusement pas le cas de leur entourage pour qui les femmes ne sont que des objets sans droits et sans valeur.

Savitha fuit son village après y avoir vécu une expérience traumatisante. Quelques années plus tard, c’est au tour de Poormina de plier bagage avec une seule idée en tête : retrouver son amie. La route sera longue, elles devront affronter la prostitution, les mutilations et l’esclavage. Quel prix est-on prêt à payer par amitié ? En le découvrant, j’ai été submergée par un torrent de sentiments tels que la haine, la pitié, la compassion et la colère.

Malgré la cruauté de la vie de ces deux pauvres jeunes filles, ce roman est magnifique car l’auteur parvient à nous faire sentir l’Inde et à nous embarquer, dès les premières pages, dans ce voyage d’amitié féminine. Un livre que l’on referme, sachant qu’il nous poursuivra durant un bon moment encore.

Levensohn, Melanie – L’écho des promesses

Fleuve Editions – 8 octobre 2020

4ème de couverture

Paris 1940 : Dans la Ville lumière, sous l’occupation allemande, Christian, le fils d’un banquier est amoureux de Judith, une jeune étudiante juive. Le jeune couple envisage de fuir, mais soudain Judith disparaît sans laisser aucune trace…

Montréal, 1982 : peu avant sa mort, Lica Grunberg confesse à sa fille, Jacobina, qu’elle a une demi-sœur issue d’une relation précédente. Dans les tumultes de la guerre, Lica a cependant perdu tout contact avec sa fille aînée, un abandon qu’il a regretté toute sa vie. Sa dernière volonté : que Jacobina retrouve sa demi-sœur et récrée ce lien que son père a brisé à jamais.

Washington DC, 2006 : Béatrice, la quarantaine, en poste à la banque mondiale, cherche de plus en plus un sens à sa vie. Quand elle rencontre une vieille dame, grâce à une association qui vient en aide aux personnes démunies, elle n’imagine pas combien sa vie va changer. Car elle va être confrontée à une demande particulière : aider à tenir une promesse…

Mon avis

3 époques, 3 femmes. La 4ème de couverture nous informe que les destins de ces femmes s’entrecroisent mais ce roman a ceci de bon que cela ne saute pas aux yeux dès les premières pages. En nous faisant découvrir petit à petit l’univers et le caractère de ces femmes, l’auteur parvient à les rendre toutes les 3 très attachantes, même si je dois admettre que j’ai eu envie à plusieurs reprises de secouer Béatrice.

Petit à petit, les pièces du puzzle se mettent en place mais l’intrigue n’est pas résolue pour autant. La révélation finale est inattendue, de quoi tenir le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

Ce livre sortira en octobre 2020, je le conseille aux amateurs du genre et je remercie Fleuve Editions de m’avoir permis de le découvrir en avant-première.

Soumy, Jean-Guy – Une femme juste

Editions Les Presses de la Cité – 10 septembre 2020

4ème de couverture

Années 1980 : après une vie dédiée aux autres, Blanche coule une retraite paisible à Draguignan quand, un jour, une inconnue frappe à sa porte. Et le passé avec elle.
Elle s’appelle Pauline, la vingtaine à la dérive, elle souffre de ne rien savoir de l’histoire de sa mère, Hélène, qui vient de mourir. Blanche, elle, la connaît, cette histoire, c’est aussi la sienne : en 1942, elle a sauvé la petite orpheline juive du camp de Rivesaltes, et de la menace nazie.
Elle a pu exfiltrer sa protégée et d’autres enfants dans une communauté de la Creuse. Au prix de mille dangers.
Pauline part avec Blanche dans un pèlerinage sur les traces de sa mère. Ce retour aux sources jalonné de rencontres saura-t-il réconcilier la jeune femme avec l’absente ?

Pour Blanche, il ravive le souvenir bouleversant d’une passion secrète…
Un beau roman à deux voix sur la transmission d’une mémoire, et le portrait d’une Juste.

Mon avis

Véritable coup de coeur pour ce beau roman !

Pauline cherche à connaître l’histoire de sa mère, Hélène, décédée depuis peu. Hélène a toujours été secrète et n’a jamais rien révélé de son lourd passé.

Blanche, elle, a bien connu Hélène. Elle a sauvé cette dernière ainsi que plusieurs autres enfants durant l’Occupation, en les exfiltrant dans une communauté de la Creuse, au sein de laquelle Blanche et ses compagnons se dévouaient corps et âme pour les petits orphelins.

Blanche est maintenant une vieille dame qui mène une vie paisible. Lorsque Pauline vient à la rencontre de Blanche, l’entente est immédiate et de beaux liens se créent entre ces deux femmes.

Elles décident de prendre la route et de partir sur les traces de l’histoire d’Hélène. C’est avec une infinie tendresse que Blanche aidera Pauline à comprendre qui était sa maman, celle dont Pauline dit :

Ma mère dramatisait tout, en particulier les voyages. Elle était incapable de légèreté. Elle m’a légué sa peur d’être heureuse.

Un roman bouleversant, d’une douceur incroyable malgré la gravité de l’histoire. de la sensibilité, de la patience, du respect, de l’amour… voilà ce qui caractérise Blanche.  Une Juste.

Merci à #Les Presses de la Cité de m’avoir donné la possibilité de découvrir ce petit bijou.

Barbier, Samuelle – Celles qui restent

Hugo Roman – 3 septembre 2020

4ème de couverture

Celles qui restent est une histoire de soeurs. De femmes. De liens si puissants que les rompre bouleverse tout.

Celles qui restent est une histoire de soeurs. De femmes. De liens si puissants que les rompre bouleverse tout.

Clara est l’aînée, la sage, l’exemple à suivre. Celle qui fait tout comme il se doit, quitte à grincer des dents en se forçant à sourire.

Constance est la cadette. Si discrète, qu’on en oublie qu’elle existe… jusqu’à ce qu’elle décide de cesser d’exister en se jetant du haut d’un pont.

Lucy est la benjamine. Celle qui rit trop fort, parle trop fort, vit trop fort. Parce qu’elle a peur qu’on l’oublie.

Mais il y a aussi Marielle, qui elle, n’a ni soeur, ni frère, ni enfant, tout juste un vieux chien obèse. Celle qui a consacré sa vie aux autres pensait arriver au bout de son chemin dans l’indifférence, jusqu’à ce qu’un ange vêtu d’un manteau rouge se jette d’un pont, juste devant elle, et remette tout en question.

Mon avis

C’est avec les yeux humides que je termine la lecture de ce livre.

Le sujet est bouleversant mais c’est avec une douceur extrême que l’auteur nous fait vivre les diverses étapes du deuil que traversent, chacun à leur rythme et à leur façon, ceux qui restent après le suicide d’un proche, à savoir le choc, la douleur, la colère, le marchandage, la dépression, la reconstruction et, enfin, l’acceptation :

comment ai-je été assez stupide pour penser pouvoir l’oublier, ne serait-ce qu’une seconde.

Le Bihan, Samuel – Un bonheur que je ne souhaite à personne

Flammarion – 31 octobre 2018

4ème de couverture

Lorsque Laura apprend que César, son fils cadet, est autiste, elle décide de fonder une association offrant des méthodes alternatives, afin de lui éviter une structure psychiatrique.

Mon avis

Mais quel beau livre ! Et dire que c’est un premier roman pour cet auteur ! Chapeau bas.

Que d’émotions ressenties face à cette mère qui déplace des montagnes pour son enfant « différent ». Une maman comme nous toutes, avec ses craintes, ses rêves, ses envies, son amour, sa rage, son coeur de lionne.

Et tout ça, cerise sur le gâteau, écrit par un homme. Bravo Mr le Bihan d’avoir si bien compris et retranscrit la psychologie féminine. Si j’avais lu votre livre sans en connaître l’auteur, j’aurais mis ma main à couper qu’il avait été écrit par une femme.

Merci, merci, merci.

Morello, Lorenzo – Le chien qui souriait en repensant à sa vie

Editions Poussière de Lune – 1 octobre 2018

4ème de couverture

« C’est vrai qu’un chien qui sourit en repensant à sa vie, ça peut sembler bizarre. Mais ne vous fiez pas trop vite aux apparences ! Tenez, moi par exemple, couché dans la salle d’attente du vétérinaire où prendra bientôt fin cette exaltante existence et malgré des douleurs à l’abdomen que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi, eh bien, je souris. En repensant à cette vie et à la précédente, à la carrière d’architecte qu’il m’a fallu abandonner pour celle, non moins prestigieuse, de chien de compagnie. Je souris en repensant à Martine, mon épouse devenue maîtresse. Surtout, je souris en repensant à Hugues, mon enfant pour qui, à défaut d’être un bon père, j’aurai été un bon chien. »

Mon avis

Foire du Livre de Bruxelles, février 2019. Mon planning des auteurs à rencontrer sous le bras, je savais qui je voulais voir et je savais quels bouquins je comptais me procurer.

Quelques heures plus tard, mon tour achevé, il est temps de partir mais, parce qu’il est difficile de quitter un tel endroit, je m’autorise une dernière halte au tout dernier stand que l’on rencontre avant la sortie. Juste histoire de prolonger le plaisir car je ne connais pas les auteurs qui y sont présents et, à première vue, les livres proposés ne sont pas ma tasse de thé. 

Lorenzo Morello me parle de son roman. Mwais… j’sais pas… un père qui revient sous la forme d’un chien… bof bof… de fil en aiguille, on parle de sensibilité, de Samuel le Bihan… et je me laisse convaincre, j’achète son bouquin en me disant que ce sera une gentille petite lecture feel-good et délassante entre 2 thrillers.
Tu parles Charles !

Ce bouquin m’a fait rire dès la première page :

Merde, je vais pas mourir en écoutant Pascal Obispo, putain ! Pas Pascal Obispo !

Je me dis c’est bon, j’suis dans mon roman feel-good du dimanche. Mais que nenni ! Je suis passée du rire aux larmes, incapable de déposer ce livre bouleversant.

Comme quoi, on peut faire de belles découvertes en sortant de temps en temps de sa zone de confort.

Bravo et merci Lorenzo pour ce petit bijou.

King, Stephen – Elévation

Le Livre de Poche – 3 avril 2019

4ème de couverture

Dans la petite ville de Castle Rock, les rumeurs circulent vite. Trop vite.
C’est pourquoi Scott Carey ne veut confier son secret à nul autre que son ami le docteur Bob Ellis. Car avec ou sans vêtements, sa balance affiche la même chose, et chaque jour son poids diminue invariablement. Que se passera-t-il quand il ne pèsera plus rien ?

Scott doit également faire face à un autre problème : les chiens de ses nouvelles voisines ont décidé que sa pelouse était le lieu idéal pour faire leurs besoins. Entre le couple et Scott, la guerre est déclarée. Mais lorsqu’il comprend que le comportement des habitants de Castle Rock, y compris le sien, envers les deux femmes mariées met en péril le restaurant qu’elles ont ouvert en ville, il décide de mettre son « pouvoir » à contribution pour les aider.

Mon avis

Quelle étrange sensation de lire un roman feel-good signé Stephen King. Il y a bien entendu du surnaturel, comme dans la plupart de ses ouvrages, mais l’histoire est gentille et tendre, ce à quoi le King ne m’a pas vraiment habituée. Petit plus, Stephen King fait passer de façon très subtile un message au sujet de l’euthanasie et de l’homosexualité.

Qui aurait cru qu’un jour « feel-good » et « Stephen King » se retrouveraient dans la même phrase !

Grimaldi, Virginie – Et que ne durent que les moments doux

Fayard – 17 juin 2020

4ème de couverture

L’une vient de donner naissance à une petite fille arrivée trop tôt. Elle est minuscule, pourtant elle prend déjà tellement de place.
L’autre vient de voir ses grands enfants quitter le nid. Son fils laisse un vide immense, mais aussi son chien farfelu.
L’une doit apprendre à être mère à temps plein, l’autre doit apprendre à être mère à la retraite.

C’est l’histoire universelle de ces moments qui font basculer la vie, de ces vagues d’émotions qui balaient tout sur leur passage, et de ces rencontres indélébiles qui changent un destin.

Avec une infinie justesse et beaucoup d’humour, Virginie Grimaldi déroule le fil de leur existence et nous invite à partager leurs joies et leurs angoisses, mais aussi les souvenirs, les rêves et les espoirs.

Mon avis

J’ai envie de dire un grand merci à Virginie Grimaldi pour cette histoire qui fait écho à la mienne.

Au travers de l’histoire de Lili, Virginie a réussi à retranscrire à la perfection le ressenti des parents dont l’enfant lutte pour vivre, tant dans les moments d’angoisse profonde que dans les rares moments de détente. Les passages dans la salle des familles, les relations qui se créent avec les autres parents d’enfants hospitalisés, la tension dans le couple… tout cela est relaté avec un réalisme parfait.

Bien que les enfants de Virginie soient encore jeunes, elle a malgré tout réussi à se mettre dans la peau d’Elise, cette cinquantenaire dont les enfants viennent de quitter le foyer. Etant moi-même cinquantenaire, je me prépare à cette étape de vie et les craintes, doutes et joies d’Elise sont les miennes également. J’ai aimé lire avec autant de réalisme comment Elise s’en sort. Par contre, ce que je sais, c’est que prendre des cours de danse africaine, euh… non merci !

Miserole, Ludovic – Rosalie Lamorlière : dernière servante de Marie-Antoinette

Du Préau – 30 juin 2010

4ème de couverture

Un destin ! Celui d’une petite provinciale, fille de cordonnier, qui va croiser celui de la Reine Marie-Antoinette au détour des couloirs sombres et malodorants de la Conciergerie. Une fille du peuple qui rencontrera et assistera les puissants d’hier et les parvenus d’une France qui se cherche. Tous, ou presque, mourront. Elle, la survivante, apportera son témoignage bien plus tard. Relation inestimable pour bon nombre d’historiens qui, pourtant, n’ont jamais essayé de connaître Rosalie Lamorlière.

Mon avis

J’ai eu la grande chance de faire la connaissance de Ludovic Miserole lors de la première édition du Salon Iris Noir Bruxelles. Je lui ai demandé de me parler de ses livres et j’ai été tentée par celui-ci. Principalement parce que j’ai été impressionnée par le nombre d’années consacrées aux recherches nécessaires à sa rédaction.

Je me suis donc plongée dans la lecture de cet ouvrage qui, il faut l’admettre, est relativement éloigné de ma zone de confort. Mais quel régal !

Cher Ludovic, MERCI. Merci d’avoir pris le temps de me parler de ton univers littéraire et de m’avoir fait découvrir ce petit bijou. Il est à ton image : classe, intéressant, attachant et beau !