Galliègue, Cathy – Contre nature

Seuil – 1 octobre 2020

4ème de couverture

Trois femmes sont incarcérées dans la même prison. C’est là, dans la bibliothèque du centre pénitentiaire, que Pascale, Vanessa et Leïla se rencontrent.

Captives de leur condition humaine et des préjugés, elles ont chacune une manière différente de vivre leur détention. Il y a celle qui se pose en redresseuse de torts, celle qui voudrait faire oublier le sort réservé à ses bébés, celle qui imagine que les livres les sauveront toutes les trois. Sensibiliser Vanessa à la lecture et vaincre les réticences de Pascale, tels sont les défis que se lance Leïla.

Alors qu’elles n’ont rien en commun, qu’elles ne cherchent pas l’amitié, la pratique cathartique de l’écriture va leur donner l’occasion d’établir une relation, d’évoquer la violence qui les a conduites à l’enfermement.

Mon avis

Voici mon premier coup de cœur de 2021 !

Un magnifique roman dans lequel nous suivons Pascale, Vanessa et Leïla, 3 femmes incarcérées pour des crimes assez violents. 3 femmes qui, finalement, ne sont que des cabossées de la vie et qui n’avaient pas forcément d’autres choix.

Chacune leur tour, ces femmes nous racontent leur passé chaotique et malgré la gravité des faits, on ne peut que s’attacher à elles.  La révolte que j’ai ressentie n’était en aucun cas liée à leurs crimes mais bien tournée vers ceux qui sont la cause de leurs actes.

J’ai porté dans mon ventre ce que vous appelez des enfants. Vous vous trompez. J’ai porté en moi, par huit fois, une boule de magma résultant de la fusion de deux corps dont on imagine avec dégoût les ébats.  – Pascale

Ils ont bousillé sa fraîcheur innocente, elle deviendrait féroce, ses revanches calées au creux du ventre, et puisqu’elle ne pouvait pas les combattre, eux, les loups hilares, elle pourrait au moins être plus rusée qu’eux. Ils ont joué, ils l’ont ouverte, l’ont fait saigner, ils ont ri et se sont félicités, le torse bombé, ils se sont sentis vaillants et forts, ils l’ont crue résignée, à leur merci, ils n’ont rien vu.

Elle leur prouverait que ce qui ne nous tue pas, etc. – Vanessa

Leïla, plus âgée et posée, ne peut admettre que ses codétenues soient résignées à ne jamais plus recouvrer leur dignité :

Vous donnez raison à ceux qui pense que nous sommes mauvaises, vous, moi, celle qui va arriver et que vous jurez de démolir. A leurs yeux, plus jamais nous ne serons des femmes convenables, alors autant nous saboter pour de bon, c’est ça ?

Passionnée de lecture depuis son plus jeune âge, elle va convaincre Pascale et Vanessa de rejoindre l’atelier de lecture et d’écriture proposé au sein de l’établissement pénitentiaire. Ces 3 femmes vont apprendre à mettre des mots sur leurs souffrances, à s’accepter en tant que femmes et non plus uniquement telles que les autres les définissent : grosse, soumise, rebelle, criminelle.

« Regarde, m’a-t-il dit, regarde comme nous sommes riches ! Ca vaut tous les trésors du monde, tu sais, habibte, ça vaut tous les meubles inutiles et très chers, toutes ces choses qui ne servent à rien. On n’a besoin que de ça, retiens bien, un lit pour dormir, un sofa pour recevoir les amis et la famille, ce qu’il faut pour préparer les repas, un bon fauteuil pour lire, et beaucoup, beaucoup de livres. C’est tout. Tout est là. » Et il a passé amoureusement sa paume sur le dos des ouvrages classés avec soin, par auteur, époussetés régulièrement, contemplés avec fierté. – Leïla

Avec sa plume sobre et fluide, Cathy Galliègue signe un roman fort qui se lit d’une traite, prend aux tripes et se vit plus qu’il ne se raconte.